Lu dans 01 Informatique, 15 avril : Le web sémantique automatise la gestion du savoir . Cà va faire plaisir à Tim Berners-Lee. On y découvre que la plate-forme de Temis et Mondeca, composée de Insight Discoverer Extractor et de Intelligent Topic Manager, a permis à un de leurs clients de "réduire de trois heures à une demi-heure le temps de lecture d'un rapport d'intelligence économique hebdomadaire envoyé à 3 000 collaborateurs", dont on apprend qu'ils sont des cadres supérieurs et que l'entreprise a ainsi économisé (sic) 7 500 heures chaque semaine...
Petit calcul mental : quand je lis un rapport d'intelligence économique -çà m'arrive-, je parcours chaque page en 10" pour savoir si elle m'intéresse, et pour une page sur 5 en moyenne, je la lis en 2'. J'emploie donc 2' 40" pour 5 pages; en trois heures, je parcours donc -au moins- 330 pages (!). C'est sûrement une grosse entreprise : 3000 cadres supérieurs à qui on envoie le même pavé, celà signifie qu'ils ont les mêmes centres d'intérêts et secteurs de veille. Donc que le nombre total de cadres supérieurs est beaucoup plus élevé.
La question n'est pas de savoir si le logiciel fonctionne bien, mais s'il est utile. L'enjeu est-il de "lire plus vite" ? ou plutôt de "lire autrement", voire de "produire de l'information autrement", sans parler de "faire autre chose" avec ce qu'on a lu ? Et le résultat intéressant est-il vraiment que l'entreprise économise 7 500 heures ? (et la tentation immédiate est de traduire : puisse se passer des services de 187,5 cadres supérieurs). Le gain de productivité est-il à ce moment ou dans "ce que va faire le collaborateur d'informations plus pertinentes, plus reliées, etc."; s'agit-il d'économiser 7 500 heures pour l'entreprise, ou de libérer 2,5 heures pour chaque collaborateur ? Si les entreprises croient encore que leur avenir passe par l'automatisation des tâches de leurs cadres supérieurs, par l'offpeopling (voir "à notre avis" de Xavier Biseul dans le même numéro) et les "bases de connaissances", elles se préparent de cruelles désillusions. Si les éditeurs de logiciels se contentent d'un discours, osons le dire, démagogique sous prétexte de calcul de R.O.I. à la "petite semaine", elles dévalorisent leurs -souvent superbes- produits, et s'exposent à des retours de bâtons douloureux. Les nouvelles technologies n'ont jamais remplacé la stratégie et les choix d'organisation. Le même journal nous offre un beau contre-exemple de présentation de technologie avec le cas d'Eptica pour meetic. Je cite : "Nos adhérents ont des réponses de meilleure qualité". "La technologie ne remplace pas l'homme". Je respire.
Bon je file, j'ai un date sur meetic ;-)




