Hier à l'ENSAM, conférences de Pierre Périlhon et Bertrand Munier sur la Maîtrise des Risques industriels (voir ma note de l'an dernier), qui montrent non seulement deux approches différentes de ce domaine, mais aussi deux points de vue sur la systémique.
Ce qui était intéressant dans les deux interventions, c'est, en filigrane, la place de plus en plus importante accordée au management des connaissances.
(illustration - La chute d'Icare - Henri Matisse)
En fait, la maîtrise des Risques est d'abord une affaire de culture, d’attention et de méthode.
En maîtrise des risques, le décloisonnement des conséquences est total ; si le risque est l’affaire de tous, c’est d’abord par ses conséquences. Chacun est autant concerné par la façon dont le risque est géré par les autres que par sa propre attitude. C’est pourquoi dans ce domaine, le partage des connaissances est primordial.
En maîtrise des risques, l’accident n’est jamais un coup de tonnerre dans un ciel serein. Il y a toujours des prémisses, des incidents révélateurs. L’enjeu est de les noter, les relever, les partager, faire du retour d’expérience, et de savoir percevoir les signaux faibles.
En maîtrise des risques, les histoires et les faits les plus intéressants ne sont pas tant les bonnes pratiques que les mauvaises pratiques. Et pour qu’elles ne soient plus cachées, il faut une culture qui admet l’erreur si les leçons en sont tirées.
En maîtrise des risques, l’accident n’a jamais une cause, il est dû à la conjonction de plusieurs facteurs déclenchants et/ou aggravants. Pour les analyser préventivement, il faut que les différents métiers, départements et niveaux hiérarchiques de l’entreprise communiquent, construisent des langages communs ou au moins compatibles.
En maîtrise des risques, il faut être attentif à son environnement : législatif –être en conformité avec les lois et directives-, industriel –l’accident des autres est un capital de connaissances irremplaçable et économique, technologique – pour trouver des solutions plus sûres. Bref, il faut une veille efficace, et reliée de façon capillaire à tous les secteurs de l’entreprise.
En maîtrise des risques, le trésor à exploiter, c’est l’expérience des anciens et leur mémoire, connaissance souvent tacite, au moins autant que le savoir des experts et leurs analyses, connaissances plus explicites.
Le spécialiste en maîtrise des risques fait souvent du management des connaissances comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Mettre en lumière les liens entre management des connaissances et management des risques, c’est lui permettre de travailler plus efficacement, avec des règles du jeu expliquées et comprises.
La maîtrise des risques peut être vécue de deux façons (au moins) :
- comme une contrainte législative et réglementaire, auquel cas elle est un mal nécessaire qui bride la créativité et la productivité, et sera déléguée à des spécialistes qui veilleront à la bonne conformité des installations et mettront en œuvre des compromis ;
- comme une opportunité pour innover, un avantage concurrentiel, une occasion de souder les équipes et de redynamiser les connaissances collectives, voire une opportunité pour créer ou renforcer les réseaux de l’entreprise avec ses clients, ses fournisseurs et ses coopétiteurs ; elle est alors l’affaire de tous et doit être confiée à des managers qui animeront ce qui fera partie intégrante de la stratégie de l’entreprise.
Le management des connaissances n’est pas une méthode de maîtrise des risques, pas plus que l’exercice physique ou une diète équilibrée ne sont des cures contre les maladies cardiovasculaires. Mais les médicaments et les opérations sont de peu d’effet sur une personne trop sédentaire et qui s’alimente mal : une entreprise qui gère bien ses connaissances appliquera plus facilement et avec plus de succès les méthodes d’analyse et de maîtrise des risques.




